Collection Progrès et Impact du Partenariat RBM :
Investissement des entreprises dans la lutte contre le paludisme: Retombées économiques et protection de la main d'oeuvre en Afrique

Photo: David Jacobs
Investissement des entreprises dans la lutte contre le paludisme - Retombées économiques et protection de la main d'oeuvre en Afrique, sixième rapport de la collection « Progrès et Impact » du Partenariat RBM (Roll Back Malaria, Faire reculer le paludisme), analyse la rentabilité des investissements consentis par certaines entreprises privées en matière de lutte contre le paludisme dans des régions endémiques d'Afrique. Ces entreprises, situées en Guinée équatoriale, au Ghana, au Mozambique et en Zambie, ont mis en oeuvre des programmes de prévention du paludisme chez leurs employés et personnes à leur charge, et leur retour sur investissement a été impressionnant. En effet, les dépenses de santé et l'absentéisme chez leurs employés ont fortement diminué, tout comme la morbidité et la mortalité liées au paludisme.
En bref : principales conclusions
- Le paludisme a des effets négatifs sur l'entreprise : il est responsable d'une baisse de la productivité, d'absentéisme chez les employés, de l'augmentation des dépenses de santé, et il peut porter préjudice à l'image de l'entreprise. Selon un rapport de 2006, près des trois quarts des responsables d'entreprises en Afrique estimaient que le paludisme avait des effets négatifs sur leurs activités.
- Des infections palustres parmi les employés d'une entreprise ont un impact sur l'économie locale. En effet, la maladie et l'absentéisme entraînent un affaiblissement de la main d'oeuvre, des pertes d'épargne, la baisse de l'activité commerciale, des investissements et des recettes fiscales, et la réduction des budgets de santé publique.
- Les entreprises ont pu intensifier rapidement la lutte contre le paludisme et le retour sur investissement a été quasi immédiat. En Zambie, les dépenses liées au paludisme dans les établissements de soins de trois entreprises ont baissé de plus de 75 % et, selon une estimation très conservatrice, ces entreprises ont enregistré un taux de rentabilité interne1 annualisé de 28 %.
- Il existe des exemples probants pour inciter les entreprises à prendre les devants en matière de lutte contre le paludisme, de protection des employés et de leur famille, de renforcement de leurs opérations et d'extension de leurs programmes au sein des communautés.
- Le secteur privé est un partenaire essentiel. Il peut collaborer avec les programmes nationaux et mener des actions complémentaires, afin d'obtenir des ressources pour la lutte contre le paludisme et de contribuer à sa mise en oeuvre efficace. Les bénéfices obtenus grâce aux efforts de lutte contre le paludisme consentis par le secteur privé sont fragiles et, si les investissements diminuent ou cessent, ces bénéfices ne seront que temporaires.
Le paludisme est préjudiciable à l'entreprise
Dans un rapport de 2006, près des trois quarts des responsables d'entreprises en Afrique subsaharienne soulignaient que le paludisme avait un impact négatif sur leurs activités, et 39 % avaient le sentiment que cet impact était considérable. Différentes études indiquent qu'un employé est généralement absent pendant un à dix jours en cas d'accès palustre et, souvent, lorsqu'il reprend son travail, il se sent fatigué et est donc moins productif. Beaucoup d'entreprises fournissent des services de santé à leurs employés et financent, en cas d'accès palustre, leurs soins médicaux ou ceux des personnes à leur charge.
Non seulement le paludisme porte préjudice à l'employé, mais il nuit aussi à l'environnement économique de l'entreprise par son impact sur la disponibilité des ressources locales et des budgets de santé publique de l'entreprise, et sur la croissance économique.
Les entreprises mentionnées dans ce rapport ont démontré que le secteur privé était un partenaire performant, capable de mettre en oeuvre des programmes préventifs efficaces permettant de réduire rapidement les dépenses de santé et l'absentéisme chez les employés, tout comme la morbidité et la mortalité liées au paludisme.
Investir dans la lutte contre le paludisme est rentable
Investir dans la lutte contre le paludisme a permis à ces entreprises d'asseoir leur image d'entreprises citoyennes et de responsabilité sociale. Ces initiatives privées on également eu un effet de levier considérable : les entreprises ont utilisé leur infrastructure et leurs diverses compétences pour attirer les partenaires et les ressources, obtenir des subventions de la part de bailleurs de fonds externes et initier des interventions d'intensification qui n'auraient pas eu lieu sans elles.
Il existe des exemples probants en matière d'implication du secteur privé dans la lutte contre le paludisme :
- En Zambie, trois entreprises (Mopani Copper Mines, Konkola Copper Mines et Zambia Sugar) ont enregistré des progrès remarquables sur une période de dix ans. En effet, les cas de paludisme recensés dans les établissements de soins de ces entreprises ont diminué de 94 %, passant de 27 925 à 1 631 par an, et le nombre de journées de travail perdues pour cause de paludisme a, lui aussi, chuté dans les mêmes proportions, passant de 19 392 à 1 133 par an (cf. figure 1).
- Au Ghana, la compagnie aurifère AngloGold Ashanti comptait, en 2004, 6 800 cas de paludisme par mois dans son hôpital de la région d'Obuasi, sur un effectif total de 8 000 employés. L'entreprise s'est alors associée au programme national de lutte contre le paludisme pour mettre en oeuvre différentes activités, dont la pulvérisation intradomiciliaire d'insecticides à effet rémanent (PID), la distribution de moustiquaires imprégnées d'insecticide longue durée (MILD), et un dépistage et un traitement rapides des cas de paludisme. Cinq ans plus tard, l'hôpital n'enregistrait plus que 1 100 consultations par mois et le coût mensuel des traitements antipaludiques pour l'entreprise avait diminué de US $550 000 à US $9 800.
- Sur l'île de Bioko en Guinée équatoriale, Marathon Oil a conclu un partenariat avec le gouvernement équato-guinéen et d'autres entreprises pour mettre en oeuvre un projet de lutte contre le paludisme d'un montant de US $15,8 millions sur cinq ans. Quelques années plus tard et grâce à ce projet, le taux de couverture en MILD et PID chez les enfants de moins de 5 ans avait augmenté de 4 % à 95 %. Par ailleurs, en l'espace de quatre ans, le taux de prévalence parasitaire avait diminué de 57 %. Ce projet a reçu plusieurs récompenses internationales valorisant un « partenariat citoyen » et une « responsabilité sociale », et il a été prolongé jusqu'en 2013 pour renforcer les capacités au niveau local et étendre le programme sur le continent.
- Pendant les deux premières années d'exploitation de sa fonderie d'aluminium au Mozambique, BHP Billiton a recensé 6 000 cas de paludisme, 300 évacuations sanitaires, 13 décès, et la construction de l'usine lui a couté US $2,7 millions, répartis entre perte de productivité, absentéisme, maladie et frais médicaux. En rejoignant l'Initiative de développement de la région de Lubombo (LSDI), l'entreprise i) a contribué à réduire le nombre d'infections palustres de 625 pour 1 000 habitants à moins de 200 pour 1 000 dans la province de Maputo au Mozambique, et ii) a réalisé des économies liées à la baisse de l'absentéisme et des dépenses de santé. Le succès de cette initiative a permis d'obtenir deux subventions d'un montant total de US $47 millions de la part du Fonds mondial pour lutter contre le paludisme au niveau régional.
La prévention du paludisme est rentable et offre un rapide retour sur investissement. Les petites et grandes entreprises ont démontré qu'elles pouvaient contribuer de manière considérable à la lutte contre le paludisme, qu'elles agissent indépendamment ou en partenariat avec les gouvernements nationaux. Le secteur privé peut et doit assumer des activités antipaludiques qui permettent de renforcer l'entreprise tout en diminuant la mortalité.
FIGURE 1
Nombre de cas de paludisme recensés chaque année dans les établissements de soins de Zambia
Sugar, Mopani Copper Mines et Konkola Copper Mines, Zambie, 2001-2009
Le nombre de cas de paludisme a considérablement diminué dans chaque établissement de soins de ces entreprises
entre 2001 et 2009. Cette illustration tient compte des cas de paludisme chez les employés et les personnes à leur
charge, mais elle n'inclut pas, dans la mesure du possible, les cas de paludisme chez les non-employés et leur famille.
Source : Données de Zambia Sugar, Mopani Copper Mines (MCM) et Konkola Copper Mines (KCM).
1 Le taux de rentabilité interne (TRI) mesure et compare la rentabilité de différents investissements. Plus le TRI est élevé, plus le projet est financièrement intéressant.

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