Lutte contre le paludisme : financement et utilisation des
ressources
Les dix premières années du Partenariat RBM

Points clés
- Une analyse du financement et de l'utilisation des ressources dans douze pays africains pour lesquels des données sont disponibles montre clairement que des financements fiables et durables sont essentiels pour sauver des vies : entre 2000 et 2009, quelque 384 000 enfants ont été sauvés.
- Les financements externes pour l'intensification des interventions sont utilisés de manière efficace par les pays ; les fonds étant consacrés, par ordre d'importance, à la prévention, au traitement, au renforcement des systèmes de santé et au soutien à la gestion des programmes.
- Le financement pour la lutte antipaludique a explosé au niveau mondial depuis 2003. Sur la période 2003-2009, la plupart des engagements financiers externes proviennent du Fonds mondial (70 %), de PMI (15 %), de la Banque mondiale (8 %) et d'autres pays/agences bilatérales (7 %).
- Les niveaux de financement actuel semblent s'être stabilisés à 1,6 milliard de $US par an, soit environ 25 % des besoins estimés pour atteindre les objectifs du Partenariat RBM et les cinq Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) liés au paludisme.
- Les progrès en termes de réduction du fardeau du paludisme indiquent clairement que la communauté antipaludique est sur la voie des objectifs du Partenariat RBM et des OMD ; c'est en 2010 que les bailleurs de fonds détermineront si ces objectifs ont été atteints.
Le premier rapport Lutte contre le paludisme : financement et utilisation des ressources que le Partenariat RBM va publier dans la Collection Progrès et Impact en 2010–2011 confirme que les fonds investis dans la lutte contre le paludisme ont eu des effets positifs notables pour les pays concernés et leur ont rapidement permis de diminuer leur taux de mortalité. Cependant, sans un financement pérenne et prévisible à long terme, les progrès de la lutte contre le paludisme sur la voie des cinq Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) liés à cette maladie pourraient bien être compromis, à l'instar des progrès par rapport à la cible fixée pour 2010 dans la Déclaration d'Abuja, à savoir une couverture universelle des interventions.
Une nouvelle ère pour le financement de la lutte contre le paludisme
Il y a vingt ans, le paludisme était présenté comme une maladie de la pauvreté qui touchait les populations les plus pauvres des pays endémiques et les financements disponibles pour lutter contre la maladie étaient très limités. Depuis, les fonds disponibles pour la lutte antipaludique ont quadruplé, le montant de l'aide internationale s'élevant à 4,5 milliards de $US entre 2003 et 2009. Alors que cette aide financière externe est apportée par de nombreux pays, entreprises ou autres organisations, une large majorité des financements provient du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (les premiers engagements et décaissements datent de 2003), du programme d'accélération de la lutte contre le paludisme de la Banque mondiale et de l'Initiative du Président américain contre le paludisme (PMI), ces deux derniers programmes ayant été lancés en 2006.
L'Afrique subsaharienne supporte 90 % du fardeau mondial du paludisme et reçoit 80 % des financements externes pour la lutte contre le paludisme. Au niveau national, les pays utilisent ces fonds à bon escient, concentrant leurs dépenses principalement sur les interventions de prévention (42 %) et de traitement (31 %), ainsi que sur le renforcement des systèmes de santé (14 %) et le soutien à la gestion des programmes (13 %). Les pays utilisent généralement rapidement les fonds reçus pour acheter et distribuer les produits nécessaires ; en effet, en moyenne, plus de 80 % des fonds sont utilisés l'année même où ils sont dégagés.
Des soutiens financiers encore plus importants sont nécessaires pour continuer à sauver des vies
Les résultats sont là : l'augmentation des financements au niveau mondial pour lutter contre le paludisme a permis de sauver des vies et de réduire l'impact de la maladie, tout particulièrement chez les femmes et les jeunes enfants. Dans les 12 pays présentés dans ce rapport, nous estimons qu'environ 384 000 enfants ont été sauvés entre 2000 et 2009. Les informations contenues dans ce rapport laissent également à penser que si ces douze pays atteignaient l'objectif du Partenariat RBM, à savoir un taux de couverture d'au moins 80 % des interventions préventives d'ici fin 2010, quelque 200 000 décès supplémentaires chez les enfants seraient évités chaque année. Même les pays dont les dépenses par habitant ont été modestes ont obtenu des résultats notables en termes d'intensification des interventions, ce qui a permis de soulager les familles et les pays pauvres en déplaçant le financement du fardeau du paludisme vers la communauté internationale.
Le financement actuel produit des effets positifs, mais ne couvre que 25 % des besoins annuels estimés et il semblerait que les engagements annuels, soit environ 1,6 milliard de $US par an, se soient déjà stabilisés. Toutefois, au niveau mondial, les besoins en financements ont été quantifiés dans le Plan d'action mondial contre le paludisme (cf. Figure 1) du Partenariat RBM en 2008 et estimés à 5 à 6 milliards de $US par an pour les dix prochaines années. En outre, si l'on étudie attentivement les engagements et les décaissements des bailleurs de fonds, il apparaît qu'ils varient encore considérablement d'une année sur l'autre et ne sont pas forcément en adéquation avec les besoins des pays. Ces derniers peuvent donc rencontrer des difficultés à établir des cycles de planification efficaces.
Le rapport Lutte contre le paludisme : financement et utilisation des ressources montre que si l'augmentation de l'aide financière externe a eu un impact positif remarquable sur la réduction de la mortalité et de la morbidité liées au paludisme, ces financements doivent encore augmenter pour répondre aux besoins et pour exploiter tout le potentiel de la lutte contre le paludisme. Nous pouvons faire en sorte que le paludisme appartienne au passé. Il nous faut pour cela unir nos efforts pour combler les déficits de financement et aider les différents pays à mettre en oeuvre leurs plans nationaux.
FIGURE 1
Estimation des besoins de financement annuel, au niveau mondial, pour lutter contre le paludisme et engagements actuels de la Banque mondiale, du Fonds mondial et de PMI.
Le Plan d'action mondial contre le paludisme estime que 5 à 6,2 milliards de $US par an seront nécessaires entre 2010 et 2015 pour intensifier et pérenniser la lutte contre le paludisme, puis tendre vers l'élimination de la maladie au niveau mondial. Même si le financement de la lutte contre le paludisme a connu une augmentation considérable, il n'est toujours pas suffisant pour atteindre les objectifs mondiaux.

Source: Plan d'action mondial contre le paludisme (RBM, 2008), Fonds mondial, Banque mondiale et PMI.
Remarque : les engagements estimés actuels représentent les demandes de subventions accordées par le Fonds mondial (toutes les demandes accordées ne correspondent pas à des fonds engagés) et les estimations de PMI et de la Banque mondiale.
